Flyer de l'exposition Stabat Matière Crédits : Natalina Micolini
06 Déc 2012

LA GALERIE DE L'IMPASSE
Exposition Décembre 2012
Natalina MICOLINI

« STABAT MATIÈRE »

S’installer dans la chaleur des pigments flamboyants…
S’adosser à la pierre…
S’accroupir dans les ténèbres et, dans le déchirement d’un temps insaisissable, vouloir plaire aux étoiles…
Entamer dans le grondement des tableaux silencieux le chemin des vieilles nuits d’errance…
Ecouter le pas de ces hommes en marche et, debout sous les cieux de pastel incertains, entendre leurs murmures figés dans ces fragments où la couleur inscrit le surgissement de la matière…

Il y a chez N. le désir d’un ailleurs perdu qui prend sa source aux risques fous d’une palette fantastique et de formes tendues vers le ciel, dans l’espace d’un cheminement singulier : n’avoir que la pierre comme objet d’offrande, et puis la tailler, la saigner, l’épuiser jusqu’à la démesure, jusqu’au vertige…

Fabienne R.
Décembre 2012

 

Natalina Micolini instaure picturalement, entre nous et les pierres, une relation géologique et imaginaire intense. Cette relation spécifique est dynamique, portée par un mouvement migratoire qui nous transporte vers un ailleurs spatio-temporel préhumain : en deçà du paléolithique, en deçà de Lascaux. En ce lieu hypothétique, fictif et poétique, nous appréhendons la terre comme une vaste minéralosphère déserte, baignant dans la beauté brute et magnétique des pierres immémoriales. C’est à partir de cet endroit sidéral où la peinture se déploie que nous enregistrons non seulement l’esprit minéral immanent des pierres, mais également l’esprit implicitement transcendant des premiers hommes. Ce sont alors les lignes motrices de la peinture qui nous entraînent dans la poétique troglodyte des hommes des cavernes pour rejoindre le premier artiste qui est aussi le premier homme à avoir posé sur la pierre une marque, à avoir dressé une pierre. Cette première pierre atteste que par chaque homme debout, librement dressé sur ses jambes, la matière humaine était déjà debout. On entend retentir sur le corps de la terre le chant minéral des pierres verticales : stabat matière.

C’est en dressant les pierres que les hommes captent les forces de la terre et convoquent celles du ciel. Les pierres et les hommes sont comme en symbiose, car s’ils construisent avec les pierres, les hommes eux-mêmes se construisent en retour avec les pierres. C’est avec ces pierres d’où jaillissent le feu et parfois l’eau qu’ils libèrent leurs mains en inventant les premiers gestes techniques élémentaires. L’esprit minéral est universel, partout sur la terre des pierres se lèvent parce qu’elles sont inséparables des rites sacrés et des pratiques profanes. Elles sont inextricablement liées aux différents régimes symboliques : païens, animistes, mythologiques, religieux, astronomiques, alchimiques, maçonniques. C’est pourquoi N. Micolini nous donne toujours à saisir les pierres sur un double plan : physique et spirituel. Ainsi va-t-elle nous conduire des mégalithes de Stonehenge, des alignements de Carnac jusqu’aux architectures contemporaines des tours de Manhattan ou de Dubaï. C’est en suivant le fil des pierres qu’elle va organiser et composer plastiquement sa trajectoire picturale qui est également une trajectoire planétaire.

Les pierres exercent sur la peinture une force d’attraction phénoménale, et la peinture exerce une force de libération qui soustrait les pierres à la pesanteur, si bien que leur socle gravitationnel devient ici un point de lévitation. N. Micolini suit le fil des pierres pour assurer leur mutation dans la matière picturale avec laquelle elle les transforme et les métamorphose en pierres de peinture. Elles prennent place dans le grand concert des pierres de lune, pierres des fièvres, pierres de foudre, pierres philosophales, pierres angulaires, pierres noires, blanches, précieuses… Il faut pour cela capter l’esprit minéral des forces géologiques, des forces hercyniennes de plissement des rochers, il faut que des particules de quartz, de schiste, que des éclats d’albâtre, de silex, de basalte et de granit passent dans le métabolisme pigmentaire de l’œuvre. La pierre devient pierre de peinture seulement lorsque la peinture nous en restitue une vérité essentielle.

L’artiste fait involuer les pierres dans un chromatisme élargi dont le spectre lumineux, assombrissant ou éclaircissant, est inséparable de la constitution des formes mouvantes et plus ou moins abstraites de chaque plan d’expression. Les pierres sont simultanément développées par le plan d’expression et enveloppées par le plan chromatique. Ces deux plans sont fondus l’un dans l’autre et constituent la surface. N. Micolini atteint la surface en superposant plusieurs strates qui, en passant les unes dans les autres, se remanient. Ces strates sont contenues dans la surface dont le glacis, dans son extrême minceur sensible, donne à chaque toile toute sa profondeur. Tout se passe à la surface par ellipses et selon certains effets d’éclipse : on peut pressentir une « obscure clarté » cornélienne quand, sur le fond des terres noires, tournent jusqu’au désir écarlate d’une pierre aurorale des soleils sanglants… Dans la luminosité de ce chromatisme les pierres séparées de leur opacité deviennent translucides et miroitantes, capables de refléter l’univers : pierres miroirs. La géométrie souple  transversale à toute l’œuvre résulte des calculs intuitifs irrigués par la force d’induction minérale des pierres. N. Micolini jongle avec des météores pour créer les conditions d’une minéralo-picturalité, telle une grande géomancie ou cristallomancie car il s’agit toujours de deviner à travers les prismes de la matière l’avenir possible des peuples à venir.

On aboutit logiquement à l’architecture contemporaine puisque les possibles de celle-ci sont, depuis le début, contenus embryonnairement et virtuellement dans la consistance des pierres. Aujourd’hui, en tout endroit de la planète, des tours sont érigées. Elles dressent leurs volumes de verre et d’acier comme autant de polyptiques architecturaux dont les verticales communiquent par dessus le vide, l’espace et le temps,  avec toute pierre levée, avec les mégalithes, les temples, les clochers romans, les flèches des cathédrales gothiques et autres édifices baroques… Il nous semble que cette communication transhistorique et transcontinentale fait résonner ensemble la caverne et la forge, la taille et la soudure, l’excavation dans les carrières et la fusion métallurgique, l’écho du marbre et du titane, le cristal de roche et les cristaux liquides… Comme si chaque tour récapitulait dans l’agencement de ses matériaux composites l’histoire humaine de l’architecture depuis la première borne élevée et le premier signe tracé sur la paroi d’une grotte. C’est dans toute leur hauteur et par leurs lignes orthogonales ou leurs courbes spiralantes que les tours participent au concert matériel des puissances élévatrices, physiques et techniques et au concert immatériel des puissances d’élévation abstraites, mentales et métaphysiques : stabat matière…

De même que la peinture imprégnait les pierres pour se les adjoindre, elle imprègne les architectures qu’elle absorbe. Lignes et volumes des ossatures structurelles dures sont dissoutes et introjectées dans la toile pour être ensuite projetées sur le plan d’expression. Mais cela ne s’effectue pas de façon formellement vériste, car le plan d’expression nous donne là aussi à saisir la vérité d’une sensation éprouvée. Ce n’est donc pas avec la ressemblance formelle mais justement par la dissemblance comme intensité expressive au sein du chromatisme que N. Micolini nous restitue différemment mais essentiellement la réalité fonctionnelle et esthétique des architectures choisies sur la surface terrestre. Manhattan ainsi se dilue et s’évapore comme une vapeur au dessus de ses masses lourdes pour devenir une constellation d’un bleu azuréen. Manhattan est maintenant la danse gazeuse et aérienne des particules et molécules de ses matériaux vibrant sur eux-mêmes comme des atomes lumineux pour chorégraphier dans l’espace la joie architecturale des buildings en évasion hors de leur logique de construction. Manhattan accepte l’identité fictionnelle de son nouveau statut plastique tel que l’imaginaire picturale de N. Micolini le lui octroie. Mais Manhattan garde encore, dans la danse de ses matériaux fractalisés, sa mémoire cadastrale, car ses édifices sont mis en expansion selon un rapport équinoxial entre réel architectural et imaginaire pictural.

A la lisière translucide du glacis dont la minceur est profondeur, se rejoignent matérialité et immatérialité, réel et imaginaire, se distribuent des pierres mutantes, la présence invisible des hommes non figurés, des tours cristallisées. C’est en captant dès le début l’esprit minéral qui traverse les hommes et leurs constructions que la peinture de N. Micolini est fidélité à toute pierre levée.

Joël COUVE
Décembre 2012

 

"Le Stabat Matière que nous donne à voir Natalina Micolini est sans doute pour elle une des ultimes formes peintes possibles avant l'abstraction pure, alors que pour moi, elles ne seraient que les toutes premières à nourrir ma perception, bien avant le geste de mise au point, c'est à dire avant l'élection définitive de mon motif photographique. Question de découpage du visible. Pour le peintre, il s'agit de tout autre chose, de cerner un passage  généreux, même si quelquefois réduit à la dimension d'un symbole calligraphique, jusqu'à un monde où la transparence de l'air égale celle de ses glacis, où la diffraction de la lumière échappe aux lois physiques. La toile qui s"en recouvre en larges aplats translucides nous révèle à notre souvenir, précisément à notre émoi des premiers jours, celui d'une peau sublime de douceur soyeuse.

Mais encore, Stabat Matière comme une douleur dressée, extatique ? je vois plutôt ici le contournement érudit du poids du monde sous la main rompue de l'artiste. Notre altérité à la matière minérale s'adoucit infiniment en ce que celle-ci s'équilibre d'autant de lumière. Le travail de Natalina Micolini touche à l'essentiel. C'est pourquoi sa lecture traverse les époques, les genres, les styles. Face à la cathédrale de Rouen claude Monet libérait le chant de la statuaire. Le silence que cette artiste pleinement d'aujourd'hui nous offre est pour moi visiblement habité."

Jean-Marc PIONCHON
2012

Natalina Micolini

Artiste peintre

A propos de l'artiste

Si mon envie de peindre a toujours été présente, il m’a fallu composer pour gagner ma vie, pour finalement devenir graphiste et réaliser des livres pendant de nombreuses années.

Parallèlement à cette vie professionnelle riche de multiples rencontres, souvent en relation avec l’art, je suis parvenue à me consacrer pleinement à la peinture jusqu’à pouvoir le faire aujourd’hui en toute liberté. Je rends ici hommage à Salvatore Gurrieri qui aura sans doute été la rencontre artistique déterminante de ma vie et qui m’a aidée à m’engager sur ce chemin.Lire la suite

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